L'expression de la politesse dans les langues romanes

L'EXPRESSION DE LA POLITESSE EN FRANÇAIS
L'EXPRESSION DE LA POLITESSE EN ESPAGNOL
L'EXPRESSION DE LA POLITESSE EN ITALIEN
L'EXPRESSION DE LA POLITESSE EN PORTUGAIS
L'EXPRESSION DE LA POLITESSE EN ROUMAIN

L'expression de la politesse en français

S’il vous plait !

S’il te plait  – quand on s’adresse à une personne qu’on tutoie habituellement ou s’il vous plait – dans tous les autres cas – est une formule de politesse que l’on associe à une injonction ou une interrogation pour leur conférer un côté moins abrupt :

Ferme la porte, s’il te plait : tout le monde va découvrir mon déguisement.
Pouvez-vous m’indiquer où a lieu le bal masqué, s’il vous plait ?

et qui peut être cumulée à d’autres procédés en vue du même effet :

Tu veux bien m’aider à ajuster mon masque, s’il te plait ?
Ici, trois procédés différents sont mis en œuvre pour donner une forme polie à la formulation simplement injonctive qui serait « Aide-moi à ajuster mon masque » : la formule de politesse, la forme interrogative et la formule Tu veux bien.

Cette formule est également utilisée dans la réponse que l’on donne à une question globale pour marquer un acquiescement poli :

– Veux-tu que je t’aide à enfiler tes bottes de sept lieues ? – Oui, s’il te plait.

On utilise occasionnellement la formule s’il vous plait en dehors des contextes régis par les règles de politesse, comme formule admirative, pour souligner un élément, le mettre en relief :

Quelle splendide costume, et cousu main s’il vous plait !
Et tous les accessoires sont assortis au costume, jusqu’au moindre détail s’il vous plait !

Dans ce cas, c’est la forme s’il vous plait qui prévaut, même si on s’adresse à une personne qu’on tutoie ordinairement : il s’agit en quelque sorte de prendre la terre entière à témoin de son admiration.

En Belgique et dans le Nord de la France, les formules s’il te plait ou s’il vous plait sont également utilisées pour accompagner le geste de tendre quelque chose à quelqu’un – en ce sens elles concurrencent voici, tiens/tenez :

– Passe-moi mon éventail, veux-tu ? – S’il te plait.
→ S’il te plait ≈ ‘tiens, prends’

– Est-ce que tu aurais vu mon masque ? – S’il te plait.
→ S’il te plait ≈ ‘tiens, le voici’

Dans ces mêmes variétés régionales, s’il te plait ou s’il vous plait prononcés avec une intonation montante, constituent une invitation polie à répéter une chose qui vient d’être dite et que l’on veut se faire confirmer, c’est-à-dire au sens de pardon ou plait-il :

– Je compte me déguiser en Bécassine pour le carnaval. – S’il te plait ?
→ soit ‘tu veux bien répéter, j’ai mal entendu’, soit ‘j’ai bien entendu mais je n’en crois pas mes oreilles’

Merci  !

Le mot merci sert à l’expression des remerciements dans n’importe quelle circonstance :

– Amusez-vous bien. – Merci.

Il est alors éventuellement accompagné d’un adverbe ou d’une expression marquant l’intensité :

– Ton déguisement est vraiment très réussi. – Merci beaucoup.

Il est également utilisé pour accompagner une réponse oui ou non à une proposition d’aide – oui merci ou non merci deviennent alors une forme polie de oui et non :

– Veux-tu que je t’aide à boutonner ton costume ?  – Oui merci.
– Veux-tu que j’ajoute encore quelques plumes à ton chapeau ? – Non merci.

Merci se substitue parfois à oui ou à non, dans un contexte où la réponse est présumée connue de celui qui l’a posée ou présumée évidente pour celui à qui elle a été posée :

– Veux-tu que je t’aide à enfiler ton déguisement ? – Merci.

En cas de doute sur la manière d’interpréter ce type d’emploi de merci, on lèvera l’ambigüité par le questionnement :

– Veux-tu que je t’aide à enfiler ton déguisement ? – Merci. – Merci oui ou merci non ? – Merci oui.

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Annick Englebert.

L'expression de la politesse en espagnol

Por favor

La formule qu’on utilise en espagnol, équivalente à s’il vous plait en français, est por favor. Cette expression ne contient pas de signe de personne verbale et on l’emploie aussi bien dans des contextes formels que familiers. On la trouve liée

  • à une injonction ou une question pour un effet moins brusque :

¿Podrías prestarme un antifaz, por favor?
Pourriez-vous me prêter un masque, s’il vous plaît ?

Por favor, cúbrete el rostro antes de entrar a esta habitación.
S’il vous plait, couvrez-vous le visage avant d’entrer dans cette pièce.

  • à une réponse à une question, afin de renforcer notre réplique poliment :

— ¿Quieres que te ayude a elegir el disfraz para la fiesta?
– Voulez-vous que je vous aide à choisir votre costume pour la fête?

— Sí, por favor, es una decisión muy difícil.
– Oui, s’il vous plait, c’est une décision très difficile.

Comme en français, por favor peut être aussi utilisé pour souligner et mettre en relief. Il s’agit d’un registre familier.

Menudo vestido bordado a mano, por favor.
Quelle robe brodée à la main, s’il vous plaît !

Gracias

Le terme gracias est employé pour remercier dans n’importe quel contexte, par exemple.

— Me encanta tu capa, te queda muy bien.
– J’adore ta cape, elle te va très bien.

— Gracias, la he elegido especialmente para esta velada.
– Merci, je l’ai choisie spécialement pour ce soir.

Comme en français, on utilise gracias pour les réponses de si ou no, comme un signe de politesse.

— ¿Quieres que te remiende el agujero de tu disfraz?
– Voulez-vous que je répare le trou de votre costume?
— No, gracias.
– Non, merci.

— ¿Te apetece una copa de vino mientras esperamos a que empiece la fiesta de disfraces?
– As-tu envie d’un verre de vin pendant que nous attendons que commence la fête costumée?
— Sí, gracias.
– Oui, merci.

Lorsque la réponse à une question fermée est sous-entendue, on peut supprimer le si ou le no et répliquer uniquement avec gracias.

— ¿Entonces no quieres  que te acompañe al baile de máscaras?
– Alors, tu ne veux pas que je t’accompagne au bal masqué?
— Gracias.
– Merci.

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Alba Ballesta Martinez.

L'expression de la politesse en italien

Per favore, per piacere

La langue italienne utilise deux formules de politesse : per favore et per piacere. Ce sont des synonymes ; par conséquent, le locuteur peut choisir celle qu’il préfère ou utiliser les deux.

Quand on demande un service, par exemple, la formule renforce le degré de politesse de la demande :

Mi accompagneresti a teatro, per favore ? Non ho l’auto e danno il Ballo in Maschera di Giuseppe Verdi, la mia opera preferita.
Aurais-tu la gentillesse de m’accompagner au théâtre, s’il te plait ? Je n’ai pas de voiture et on donne le Bal masqué de Giuseppe Verdi, mon opéra préféré.

On les utilise aussi dans des phrases assertives qui, néanmoins, sous-entendent une requête polie :

Vorrei prendere in prestito un libro sulla storia del carnevale di Venezia, per piacere. Devo fare un lavoro sulle maschere veneziane.
Je voudrais emprunter un livre sur l’histoire du carnaval de Venise, s’il vous plaît. C’est pour un travail sur les masques vénitiens.

La position des deux formules peut varier à l’intérieur de la phrase : elles peuvent être placées au début, au milieu ou à la fin, aussi bien dans la langue parlée que dans la langue écrite :

Per favore, mi presti il tuo costume da Arlecchino ?
S’il te plait, tu peux me prêter ton déguisement d’Arlequin ?
Mi presti, per favore, il tuo costume da Arlecchino ?
Mi presti il tuo costume da Arlecchino, per favore ?

Les deux formules peuvent aussi être utilisées pour renforcer l’expression de la déception ou de l’énervement :

Per favore, non dirmi che hai dimenticato di comprare i coriandoli e le stelle filanti da portare alla festa di stasera ?
S’il te plait, ne me dis pas que tu as oublié d’acheter les confettis et les serpentins à apporter à la fête de ce soir ?

Ma per piacere, smettila di lamentarti che non puoi travestirti da Pulcinella !
S’il te plait, arrête de te plaindre que tu ne peux pas te déguiser en polichinelle !

Per favore e per piacere s’utilisent et quand on tutoie et quand on vouvoie quelqu’un. Dans le cas du vouvoiement, on peut utiliser aussi per cortesia : 

Il prossimo paziente, per cortesia, si accomodi nello studio. Le maschere chirurgiche di ricambio si trovano all’entrata.
Le patient suivant, s’il vous plaît, s’installe dans le cabinet. Les masques chirurgicaux de rechange se trouvent à l’entrée.

Grazie

Grazie, pluriel de grazia, est utilisé pour remercier quelqu’un ou pour lui exprimer sa propre reconnaissance.

Grazie per avermi regalato la maschera con le piume colorate. È splendida !
Merci pour m’avoir offert le masque avec les plumes coloriées. Il est splendide !

Grazie peut être accompagné de tante, mille, di cuore : ‘merci beaucoup’, ‘mille mercis’, ‘merci de tout cœur’.

Quand on pose une question à quelqu’un, grazie, dans la réponse, est souvent accompagné par les adverbes d’affirmation ou de négation :

Ti aiuto a truccarti per il ballo in maschera ? Sì, grazie !
Est-ce que je peux t’aider à te maquiller pour le bal masqué ? Oui, merci !

Vuoi un altro sacchetto di coriandoli  No, grazie.
Veux-tu un autre sachet de confetti ? Non, merci.

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Sabina Gola.

L'expression de la politesse en portugais

Por favor!

La langue portugaise offre plusieurs variations, plus au moins équivalentes, de la formule de politesse por favor, une forme fixe et assez neutre, applicable dans toute circonstance.

Les variantes faz favor ou se faz favor sont aussi neutres et donc applicables qu’on soit proche ou non de notre interlocuteur, bien que le verbe (faire = fazer) soit conjugué à la deuxième personne formelle (la formule du vouvoiement) et qu’on puisse aussi le trouver dans la deuxième personne informelle (tutoiement), dans une utilisation plus spécifique pour s’adresser à quelqu’un qui nous est proche, se fazes favor.

Mais ce n’est pas fini ! Il y a aussi des variations spécifiques pour des situations où nous vouvoyons notre interlocuteur. Celles-ci, étant plus aimables, marquent aussi une plus grande distance, signalée par l’utilisation de temps verbaux autres que le présent, comme dans se fazia favor, se fizer favor, fazia favor ou se fizesse favor.

En tant que formule de politesse, pour signaler la courtoisie envers notre interlocuteur lorsque nous posons une question, donnons un ordre ou faisons une demande, por favor peut être ajouté n’importe où dans la phrase, sans changer de sens, mais toujours séparé par des virgules :

Por favor, pode dizer-me onde é o desfile de Carnaval?
S’il vous plait, pouvez-vous me dire où se passe le défilé de Carnaval ?

Passa-me a máscara, por favor.
Passe-moi le masque, s’il te plaît.

Ajudas-me, por favor, a pôr a máscara?
Tu m’aides, s’il te plaît, à mettre mon masque ?

Por favor peut aussi signaler une réponse affirmative particulièrement polie, comme dans l’exemple :

-  Queres que te ajude a pôr a máscara ?
Veux-tu que je t’aide à mettre ton masque ?
-  Sim, por favor.
Oui, s’il te plaît. On peut avoir aussi simplement Por favor, le oui étant sous-entendu.

Le portugais utilise encore por favor pour donner notre permission à quelqu’un suite à une demande :

- Posso experimentar esta máscara ?
Puis-je essayer ce masque ?
-  Por favor !
Je vous en prie!

Obrigado!

Le mot portugais obrigado, utilisé pour remercier en toute circonstance et équivalant à d’autres expressions telles que agradecido ou grato (des synonymes de ‘reconnaissant’), est une dérivation du participe passé du verbe obrigar (‘obliger’) et ceci donne une caractéristique particulière au remerciement en langue portugaise, vis-à-vis des autres langues romanes : le mot est variable, en genre et un nombre.

Ainsi, une femme remerciera en disant obrigada alors qu’un homme dira obrigado.

Luísa – Obrigada pelo convite para o baile de máscaras.
Merci pour l’invitation pour le bal masqué.

Pedro – Obrigado eu por teres vindo, Luísa!
C’est moi qui te remercie d’être venue, Luísa !

Ceci dit, l’utilisation de ce mot en tant que formule de politesse pour le remerciement est assez récente, datant du XIXe siècle, ce qui explique qu’il garde encore la trace de son origine et, par conséquence, la variation en genre et nombre, mais l’usage contemporain, en tant qu’interjection, a tendance à stabiliser la forme  du masculin singulier, obrigado, que ce soit un homme ou une femme qui parle. Affaire à suivre !

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Ana Corga Vieira.

L'expression de la politesse en roumain

Vă rog !

Les formules de politesse en roumain qui correspondent à s’il vous plait et s’il te plait du français sont, respectivement, vă rog et te rog. La structure grammaticale de ces formules revient à la conjugaison du verbe a ruga (‘prier’) à la première personne du singulier, accompagnée du clitique pronominal d’accusatif utilisé, à la deuxième personne, au pluriel ou au singulier. Comme pour le français, les deux formules sont utilisées quand elles s’adressent à une seule personne, pour marquer deux degrés de politesse différents, vă rog marquant le degré de politesse plus élevé, revenant à la situation où on vouvoie. Cette formule est employée aussi pour s’adresser à un locuteur pluriel, seul le contexte permettant la désambigüisation des deux emplois. L’expression de la politesse est contenue dans la sémantique même du verbe qui veut dire ‘solliciter quelque chose d’une manière polie, humble’, ‘demander d’une manière insistante l’accomplissement d’un désir, d’un service, d’un faveur’, etc. La demande peut être formulée d’une manière directe ou indirecte, en utilisant un énoncé impératif ou interrogatif pour lui conférer un côté moins abrupt :

Ro Vrei să mă ajuți să mi se potrivească masca, te rog?
Tu veux bien ajuster mon masque, s’il te plait ?

Ro Închide ușa, te rog, altfel toată lumea va descoperi cum m-am deghizat.
Ferme la porte, s’il te plait, sinon tout le monde va découvrir mon déguisement.

Ro Îmi puteți indica, vă rog, unde are loc balul mascat ?
Pouvez-vous m’indiquer où a lieu le bal masqué, s’il vous plait ?

Comme pour le français, cette formule de politesse peut s’ajouter à la réponse à une question globale qui anticipe et reformule une possible demande :

Ro – Vrei să te ajut să-mi pun cismele roșii ? – Da, vă rog.
– Veux-tu que je t’aide à enfiler tes bottes de sept lieues ? – Oui, s’il vous plait.

Dans ce cas, un remerciement anticipé pourrait remplacer la formule qui accompagne l’injonction, la demande, le locuteur ayant donc le choix de remonter dans l’axe chronologique pour reconstruire la demande (ro Da, te rog să mă ajunți –  fr Oui, je te prie que tu m’aides) ou de se diriger vers le futur et anticiper les remerciements (ro Da, îți mulțușesc că mă vei fi ajutat – fr Oui, je te remercie de m’avoir aidé).

Le roumain rajoute aux mots magiques de la politesse une troisième formule ro poftiți/ poftim, utilisée pour une invitation encore plus polie à faire quelque chose ou à recevoir un objet (dans ce cas, équivalent du français je t’en prie/je vous en prie) :

Ro – Poftim, te rog, ia loc. – Mulțumesc.
– S’il te plait / je t’en prie, assis-toi. – Merci.

Dans un autre emploi, ro poftim/ poftiți revient au fr. tiens/tenez, étant aussi utilisé pour accompagner le geste de tendre quelque chose à quelqu’un, en concurrence avec ro te rog/ vă rog :

Ro – Vrei să-mi dai foarfeca? – Te rog.
→ ‘iată/ uite foarfeca, ‘ține, ia’
– Passe-moi les ciseaux, veux-tu ? – S’il te plait.
→ ‘voici les ciseaux, ‘tiens, prends’

Pour l’adresse au singulier, on enregistre une formule un peu archaïque, avec le topique inversé, le verbe étant suivi du pronom :

– Fii bun, rogu-te, și prefă-te că nu mi-ai recunoscut masca de anul trecut...
Sois clément, s’il te plait, et fais semblant de n’avoir pas reconnu la masque de l’année passé…

Quand le verbe ro a ruga ‘prier’  est associé au pronom à la première personne ro mă ‘me’, on obtient la construction mă rog qui est un « électron libre », sans lien avec le reste de la phrase, qui exprime soit une concession, soit une nuance conclusive, soir l’impatience, soit l’irritation, soit l’idée de coopération avec le locuteur ‘si tu veux, comme tu veux’ ou le contraire, de l’impossibilité d’opinion commune ‘laisse tomber’ :

Ro – Mergem la carnaval sau stăm acasă... Mă rog... Mi-e totuna...
– On va au carnaval ou on reste à la maison.. enfin… ça change rien pour moi...

Mulțumesc

Un acte injonctif est une possible menace pour la face positive (et négative, selon la situation) du locuteur et de ce fait, elle demande une « réparation » par le biais de remerciements. Le mot merci écrit d’une manière phonétique mersi est emprunté par le roumain au français et utilisé dans le langage familier, dans les mêmes circonstances que pour le français : 

Ro – Distracție plăcută. – Mersi.
– Amusez-vous bien. – Merci.

Ro – Deghizarea ta e cu adevărat foarte reușită. – Mersi.
– Ton déguisement est vraiment très réussi. – Merci.

La langue standard privilégie l’emploi du verbe ro a mulțumi ‘remercier’. Il est utilisé dans les cas ci-dessous :

Ro – Distracție plăcută. – Mulțumesc.
– Amusez-vous bien. – Merci.

Ro – Deghizarea ta e cu adevărat foarte reușită. – Mulțumesc.
– Ton déguisement est vraiment très réussi. – Merci.

Ce verbe est également utilisé, comme dans le cas du français, pour accompagner un adverbe prophrase affirmatif ou négatif – da, mulțumesc (‘oui merci’) ou  nu, mulțumesc (‘non merci’) qui acquiert alors une forme polie :

Ro – Vrei să mai adaug câteva pene la pălărie ?  – Da/ Nu, mulțumesc.
– Veux-tu que j’ajoute encore quelques plumes à ton chapeau ? – Oui/ Non merci.

Une spécificité sémantique de la langue roumaine est l’ajout quasi généralisé des adverbes de manière dans la portée du verbe, de sorte que le verbe tout seul est de moins en moins employé. Ainsi, on dit :

Ro mulțumesc (foarte, tare) mult
Merci beaucoup.

Ro mulțumesc frumos
Merci joliment / bellement.

L’adverbe peut prendre la première position et alors le verbe est remplacé par le substantif :

Rom mii de mulțumiri.
Des milliers de remerciements.

Ces constructions tendent à se figer et à perdre la nuance d’intensité, au moins dans certain cas.

Le désir d’accentuer les remerciements puise parfois dans la zone archaïsante de la langue, fait qui conduit à des formules telles que : 

Ro – Am fost declarată masca serii. Mulțumesc creatorului măștii, mulțumesc juriului, mulțumesc publicului. Vă foarte mulțumesc.
– J’ai été élu le masque de la soirée. Je remercie le créateur du masque. Je remercie le jury. Je remercie le public. Je vous remercie vivement.

Dans ce cas, par l’amplification des sentiments, on passe des remerciements à l’amour (ro Vă iubesc ‘Je vous aime’) comme forme extrême de politesse.

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Alice Toma.

 

L'expression de la vitesse dans les langues romanes

L'EXPRESSION DE LA VITESSE EN FRANÇAIS
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L'expression de la vitesse en français

Dans la langue française, la notion de vitesse est souvent associée à celle de la chaleur :

  • le verbe chauffer et ses dérivés :

Le chauffeur de taxi a dépose son client à destination.
Le chauffard a percuté l’échoppe de la marchande de fruits.

  • des verbes qui renvoient à la cuisson des aliments :

Le conducteur a grillé le feu rouge.
Jules a brulé les étapes.

Dans le cas du verbe chauffer, le sens de ‘conduire’ est emprunté au vocabulaire des cheminots, à une époque où les locomotives fonctionnaient à la vapeur et où il fallait faire chauffeur le charbon pour générer cette vapeur : le cheminot chargé de cette opération qui donnait au train sa vitesse était appelé, légitimement, le chauffeur.

Dans le cas des verbes griller et bruler, le glissement de sens reste inexpliqué. On peut simplement dire que l’association entre vitesse et chaleur est permanente dans la langue française, puisque l’adverbe tôt, que l’on trouve déjà dans le plus ancien texte littéraire français (La séquence de sainte Eulalie, texte de 881) avec le sens de ‘vite’ est issu d’un participe passé latin tostum, qui signifiait ‘grillé’ – il a la même origine que le mot toast que la langue française a emprunté à l’anglais. :

Enz enl fou la getterent, com arde tost
‘Ils la jetèrent dans le feu pour qu’elle brule rapidement’
La séquence de sainte Eulalie, v. 19

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Annick Englebert.

L'expression de la vitesse en espagnol

Dans la langue espagnole la notion de vitesse s’exprime par de synonymes : aceleración, ligereza, agilidad, presteza, prontitud, viveza, etc.

Un nom que l’on utilise souvent est prisa (‘vite !’ / ‘empressement’). Ce mot permet d’insister sur le fait d’être en retard.

No me entretengas que tengo prisa
‘Ne me fais pas perdre du temps, je suis en retard’

Mais aussi pour parler de la rapidité, la vitesse dans le sens de se presser.

Por favor, ¡de prisa!
‘s’il vous plaît, faites vite !’

Ven aquí dentro, ¡de prisa!
‘Viens ici, vite !’

Ce mot peut aussi transmettre l’idée de quelque chose de mal fait.

Muy mal. Está hecho con prisas
‘Très mal, ça a été fait trop vite’

La rapidité dans la vie courante est perçue comme quelque chose de négatif. Ce qui est mis en valeur c’est la patience. Plusieurs expressions idiomatiques insistent sur ce fait :

No hay que vender la piel del oso antes de haberlo matado.
‘vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué’

Aún no ensillamos y ya cabalgamos.
Aún está el pez en el mar, y tú ya estás friendo el aceite.
‘le poisson est encore dans l’eau, et tu as déjà mis l’huile dans la poêle’

Hoja a hoja se come la alcachofa.
‘feuille après feuille, on mange l’artichaut’

Vísteme despacio, que tengo prisa
‘Qui va lentement va sûrement, et qui va sûrement va loin’

Le mot prisa devient une locution adverbiale lors qu’elle est associée au gérondif corriendo (en courant). Cette locution transmet l’idée de mal faire les choses, de les faire à la sauvette :

Sería indecente querer organizar de prisa y corriendo el futuro de miles de empleados
‘Vouloir régler le sort de centaines de milliers de travailleurs, à la sauvette, serait indécent’

Cela devient plus flagrant lorsque les personnes utilisent le nom precipitación (‘précipitation’) qui insiste sur les actions mal faites parce que les personnes ne réfléchissent pas aux conséquences.

Al mismo tiempo debemos evitar el peligro de hacer las cosas con precipitación.
‘En même temps, nous devons nous garder d’agir avec trop de précipitation’

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Luz Valle.

L'expression de la vitesse en italien

Fretta (‘hâte’), velocità (‘vitesse’), urgenza (‘urgence’)...
En italien, il y a plusieurs façons d’exprimer la hâte, la rapidité ou l’urgence. On peut utiliser les adverbes de temps prima et presto comme superlatifs relatifs : il prima possibile / il più presto possibile ou, selon d’autres variantes, al più presto, al più presto possibile, più presto possibile ou quanto prima (‘incessamment’).

Cercherò di arrivare il prima possibile/il più presto possibile.
‘J’essayerai d’arriver le plus tôt possible’

Il y a aussi l’expression familière non vedere l’ora di… pour exprimer l’impatience d’accomplir quelque chose :

Fa freddo. Non vedo l’ora che arrivi l’autobus.
‘Il fait froid. J’ai hâte que le bus arrive.’

Comme en français, il existe l’expression bruciare le tappe, ‘brûler les étapes’, qui semblerait même être tributaire de l’expression française. L’expression remonte aux temps où le courrier était distribué par des courriers à cheval qui, pour aller plus rapidement, sautaient des étapes.

Marco e Sara si sono conosciuti due mesi fa in un ingorgo a Piazza Venezia e tra una settimana soltanto si sposano. Hanno davvero bruciato le tappe !
‘Marc et Sarah se sont rencontrés il y a deux mois dans un embouteillage sur la Piazza Venezia et ils se marient dans une semaine à peine. Ils ont vraiment brûlé les étapes !’

La métaphore bruciare i chilometri (‘brûler les kilomètres’) est utilisée pour désigner des véhicules qui roulent à grande vitesse. On peut utiliser aussi avec le même sens l’expression andare a tavoletta (‘appuyer l’accélerateur pour arriver à la vitesse maximale’) ou encore andare a mille all’ora (‘aller à deux mille à l’heure’).

È già arrivato a casa. Deve aver bruciato i chilometri ! Ha tenuto l’acceleratore a tavoletta. Sarà andato a mille all’ora.
‘Il est déjà arrivé chez lui. Il doit avoir roulé à toute vitesse. Il a appuyé sur le champignon. Probablement il est allé à pleins gaz.’

En italien, l’endroit de l’hôpital où on accueille les malades en urgence dès leur arrivée, les urgences, s’appelle pronto soccorso (pronto est un adjectif → ‘secours rapide’) :

L’ambulanza è finalmente arrivata al pronto soccorso.
‘L’ambulance est enfin arrivée aux urgences.’

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Sabina Gola.

L'expression de la vitesse en portugais

Dans la langue portugaise la vitesse (velocidade) est transmise par des mots tels que celeridade (‘célérité’) ou rapidez (‘rapidité’), mais aussi par le mot pressa (‘empressement’) qui, tout en étant synonyme de vitesse, apporte très souvent un sens d’imprécision au résultat. D’ailleurs, plusieurs expressions idiomatiques de la langue portugaise renforcent cette idée d’imperfection d’un résultat obtenu en vitesse, comme dans l’exemple : depressa e bem não há quem (‘personne ne peut pas faire quoi que ce soit vite et bien’).
La dérivation permet d’exprimer cette notion de pressa dans différentes catégories grammaticales :

A pressa de chegar cedo. 
‘La hâte d’arriver tôt’ → nom

O locutor apressou a conclusão do debate.
‘Le locuteur brusqua la conclusion du débat’ → verbe

O motorista conduz apressado.
‘Le chauffeur conduit pressé’ → adjectif

A vítima falava apressadamente.
‘La victime parlait très vite’ → adverbe

Ele chegou muito depressa.
‘Il est arrivé très vite’ → adverbe

Ele fez o trabalho às pressas.
‘Il a fait le travail à la va-vite’ → expression figée

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Ana Corga Vieira.

L'expression de la vitesse en roumain

Une série de synonymes pour le mot viteză ‘vitesse’ peut vite s’élargir des synonymes proches, immédiats comme : iuțeală, rapiditate, repeziciune, celeritate, velocitate pour arriver vers la zone abstraite où les synonymes incluent un trait sémantique d’évaluation de type plutôt positif – promptitudine, expeditivitate –ou plutôt négatif – grabă, zor ‘se presser’.
L’étendue synonymique s’enrichit encore plus si la zone concrète s’ajoute à la zone abstraite avec les formes de vitesse telles que : goană ‘course’,  zbor ‘vol’[1].
La série principale des synonymes est très riche, car le roumain est une langue dérivative riche en soi et, en plus, elle a pour source plusieurs langues, le latin, les langues romanes, mais aussi les langues slaves : iuțeală (<  iuți + suf. -eală. < iute < sl. ljutu), rapiditate (< fr. rapidité, lat. rapiditas, -atis), repeziciune (< repede + suf. –iciune <  lat. rapidus, rapide), celeritate (<  fr célérité, lat celeritas, -atis), velocitate ( fr. vélocité, it. velocità)…

Dans les contes de fées roumains le Prince Charmant (Făt-Frumos) a souvent un cheval qui se déplace à la vitesse ‘du vent’ et ‘de la pensée’. Il s’agit alors du vol.

Calul duce călare pe voinic, iute ca vântul şi ca gândul.[2]
‘Le cheval porte le brave homme vite comme le vent et comme la pensée.’

Pour les Roumains la vitesse du vent est très grande, mais la vitesse de la pensée est encore plus grande[3].

Făt-Frumos ascultă povaţa calului, carele deschise toate aripile şi începu să zboare mai iute decât vântul și mai încet decât gândul...[4]
‘Le Prince Charmant écoute le conseil du cheval qui ouvrit toutes les ailes et commença le vol plus vite que le vent et plus doucement que la pensée.’

Alors le Prince Charment doit choisir la bonne vitesse de son cheval, sinon il peut se retrouver en difficulté, car les forces du mal peuvent attendre elles aussi la vitesse de la pensée :

Calul zbura ca vântul, dar zmeoaica venea după dânșii ca gândul.
‘Le cheval volait comme le vent, mais le dragon-femme les suivait comme la pensée.’
(Făt-Frumos cu carâta de sticlă)[5]

La vitesse du vent est de la pansée peut-être dépasser par la vitesse des sentiments :

Nu ca vântul, nu ca gândul, nu ca dorul, nu ca blestemul, ci mai repede, cum trece fericirea s-a fost lăsat Petru pe cale...[6]
‘Pas comme le vent, pas comme la pensée, pas comme le manque, pas comme la malédiction, mais encore plus vite, comme le passage du bonheur Petru se met en route…’

Dans la mentalité populaire roumaine, la vitesse physique (le vent) est dépassée par la vitesse de l’esprit, de l’intelligence (la pensée), mais elle reste inférieure à la vitesse des sentiments (le bonheur).


[1]https://www.sin0nime.com/dex/index.php?cheie=Vitez%C4%83%2C&m=0

[2]Calul ăsta, frăţiorule, ţi-o fi de mare folos; el ţi-o împlini voile, el te-o povăţui ce să faci, şi tot el te-o duce ca gândul în voia dorului. Ţine şi frâul ... Calul duce călare pe voinic, iute ca vântul şi ca gândul. ..” *** Din vieața poporului român, Edițiile 16-17, Academia Română, p. 16.

[3]„Ţăranul crede că epeziciunea vântului este foarte mare, dar că cea mai mare epeziciune este aceea cu care gândul străbate spațiurile.” (*** (1924) Discursuri de Recepțiune, Vol. 58-74, Academia Română, p. 15.)

[4]Făt-Frumos ascultă povaţa calului, carele deschise toate aripile şi începu să zboare mai iute decât vântul și mai încet decât gândul, dar flacăra din ce în ce se mărea şi începu să arză pe Făt-Frumos în spate.” (Filimon, Nicolae, Opere: Ciocoii vechi şi noi. Nuvele. Basme. Escursiuni în Germania. Meridională. Publicistică, București, Editura Fundației Naționale pentru Știință și Artă, 2005.)

[5]Ispirescu, Petre, Legendele sau basmele românilor, București, Editura Litera, 2010.

[6]***, Făt-Frumos din lacrimă și alte basme culte și populare scrise sau culese de Eminescu, Slavici, Delavrancea, Caragiale, Nicolae Filimon, Zâna Zorilor, p. 46.

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Alice Toma.

 

Grammaire comparée des langues romanes

GÉNÉRALITÉS

fr La structure du lexique des langues romanes fr fr fr fr fr
fr La variation géographique des langues romanes fr fr fr fr fr

LES MOTS

1. La formation des mots

Les degrés de l'adjectif dans les langues romanes fr fr
fr Les animaux et leurs cris dans les langues romanes fr fr fr fr fr

2. Les classes de mots

3. Questions de genre

fr Le genre des noms dans les langues romanes fr fr fr fr fr

4. Questions de nombre

5. Verbes, auxiliaires et périphrases verbales

fr La formation des temps du futur dans les langues romanes fr fr fr fr fr
fr La formation des temps du passé dans les langues romanes fr fr fr fr fr

6. L’orthographe

fr Les lettres de l'alphabet dans les langues romanes fr        
fr Les systèmes vocalique des langues romanes fr fr fr fr fr

LA PHRASE

7. Classes et fonctions

8. Un mot, plusieurs fonctions

9. La construction de la phrase

10. Questions de mode

11. L’ordre des mots


LA CONSTRUCTION DU SENS

12. Le sens des mots

L'expression de la vitesse dans les langues romanes fr fr fr
L'expression de l'hypothèse dans les langues romanes fr fr fr fr fr
L'expression de l'intensité dans les langues romanes fr fr fr fr fr

13. L’expression du temps

fr L'expression de l'aspect dans les langues romanes fr fr fr fr fr

14. L’expression de la négation

fr Dire tout et le contraire de tout dans les langues romanes fr fr fr fr fr

15. Les articulations logiques

16. Les signes de ponctuation


LES RELATIONS ENTRE LES MOTS

17. La portée

18. L’accord


ÉNONCIATEUR ET ÉNONCIATION

19. L’énonciateur

S'adresser à quelqu'un au café dans les langues romanes fr fr fr
fr L'expression de la politesse dans les langues romanes fr fr fr fr fr

20. L’énonciation

L'expression de l'injonction dans les langues romanes fr        
fr L'expression du souhait dans les langues romanes fr        

 

romanet Cette page a été préparée pour ROMA·NET par Annick Englebert.

La structure du lexique des langues romanes

LA STRUCTURE DU LEXIQUE FRANÇAIS
LA STRUCTURE DU LEXIQUE ESPAGNOL
LA STRUCTURE DU LEXIQUE ITALIEN
LA STRUCTURE DU LEXIQUE PORTUGAIS
LA STRUCTURE DU LEXIQUE ROUMAIN

La structure du lexique français

1. Fonds latin

La plupart des mots du français proviennent du latin vulgaire

LC = equum ~ LV = caballum > cheval
LC = potare ~ LV = bibere > boire
LC = ferre       ~ LV = portare > porter
LC = edere ~ LV = manducare > manger…

Dans leur passage du latin vers le français, les mots ont subi l'usure naturelle du temps :

debet > deft > deit > doit
spatham > espedhe > espee > épée

Il en va de même pour les mots empruntés au celtique (langue des Gaulois) ou au francique (langue des Francs) :

celt. cerevisia > cervoise
franc. werra > guerre

2. Fonds celtique

Les Gaulois étaient installés dans la région qui deviendra celle de la langue française avant les Romains ; si c'est le latin des Romains qui s'est imposé au bout de cinq siècles de latinisation, il subsiste dans ce latin de nombreux mots d'origine celtique. Ces résidus linguistiques sont appelés substrat (traces de la langue du colonisé dans la langue du colonisateur). Le substrat celtique se manifeste notamment :

  • dans le lexique rural ou domestique

sillon, glaner, charrue… ; boue, galet, talus…
bercer

  • dans le domaine de la faune et de la flore

mouton, alouette…
bruyère, chêne…

  • dans le domaine des arts et techniques

cervoise, brasserie…
charpente, jante…

  • dans le domaine de l'habillement

chemise, AF braies

Certaines mesures gauloises se sont de même conservées durablement

lieue, arpent

Le lexique français actuel compte 71 mots d'origine celtique ; le lexique de la langue du Moyen Âge en comptait bien davantage ― au fil du temps, l'évolution de la société a en effet progressivement conduit à abandonner certains mots qui renvoyaient à des réalités dépassées pour ouvrir le lexique aux innovations, et les mots d'origine celtique ont été fort touchés dans ce processus.

3. Fonds francique

Après la romanisation et la latinisation de la Gaule, nos régions ont été envahies par les Francs qui s'y sont installés. Si les Francs ont abandonné leur langue, le celtique, et adopté le latin des Gallo-romains (c'est-à-dire des Gaulois romanisés), s'introduisirent dans ce latin de nombreux mots propres à leur langue. Ces résidus linguistiques sont appelés superstrat (traces de la langue du colonisateur dans la langue du colonisé).
Les domaines du lexique français les plus touchés par le francique sont :

  • la guerre

balafre, éperon, guerre, hache…

  • le féodalisme

fief, gage

  • la construction

auberge, loge, salle

  • la nourriture

flan, gâteau, gaufre

  • le corps humain

crampe, hanche, ride

  • les sentiments

émoi, haine, honte, orgueil

  • les adjectifs de couleurs

bleu, gris, brun, blanc

  • les adverbes de quantité

guère, trop…

  • ainsi que les suffixes –ard et –aud

Bernard, vieillard, chauffard, trouillard…
finaud, nigaud…

La plupart de ces champs sémantiques sont très présents dans les chansons de geste (comme la Chanson de Roland) qui regorgent de mots d'origine francique :

garnemens (de *warnjan, ‘protéger', ‘prendre garde' → ‘défense', ‘équipement')
sor (de *saur ‘roux')
eschec (de *schâch ‘butin')

4. Les emprunts

Les Vikings, qui envahirent nos régions aux IXe-Xe siècles et fondèrent la Normandie (littéralement pays des Northman ‘hommes du Nord') laissèrent comme les Francs quelques traces de leur langue, le norrois, dans la langue française

bidon, crabe, duvet, flâner, griller, homard…

De même que le commerce avec les Anglais, proches voisins :

nort, sut, est, west

ou un peu plus tard le contact, par le biais des Croisades, avec les Musulmans permit l'introduction de mots d'origine arabe

sucre, algèbre, aubergine, estragon, chiffre, coton…

4.1. Les emprunts aux langues anciennes

À la fin du Moyen-Âge, de nombreux mots appartenant au latin et au grec sont introduits dans la langue française par la voie, savante, de la traduction du Nouveau Testament du grec vers le français et de la Vulgate du latin vers le français :

grec : ange, église, paradis, psautier, parler
latin : abominable, convertir, déluge…

Le développement des sciences et techniques fit naitre de nouveaux besoins lexicaux, qu'on alla également puiser dans les langues anciennes :

améthyste, calendrier, équinoxe, occident, solstice…

La philosophie y puisa

cause, forme, idée, multiplier, substance…

L'Église elle-même y puisa

autorité, discipline, pénitence, quotidien…

De nombreux termes empruntés à cette époque sont sortis de la langue :

intellectif , médicinable, suppécliter…

Seuls quelques-uns se sont conservés jusqu'à nos jours :

déduction, altercation, incarcération, prémisse…

Les mots d'origine latine introduits dans la langue par cette voie savante vinrent parfois concurrencer des mots de même origine qui avaient connu l'usure naturelle du temps, d'où la présence de nombreux doublons, dont nous ne soupçonnons pas toujours aujourd'hui l'origine commune :

rigidum > raide/rigide
integrum > entier/intègre
liberare > livrer/libérer
fabricam > forge/fabrique

4.2. Les emprunts aux langues vivantes

Au XVIe siècle, la découverte du Nouveau Monde (Amérique), la découverte de la route maritime des Indes contribuèrent en outre à faire entrer dans la langue française des mots d'origine espagnole (300 à peu près), et quelques mots d'origine portugaise (une cinquantaine) et d'origine anglaise ― rapportés par les navigateurs espagnols, portugais ou anglais des terres nouvelles découvertes :

esp. castagnettes, chocolat, cigare, colonel, tomate, vanille…
port. balise, caravelle, albatros, pintade, fétiche, marabout…

Mais ni l'espagnol ni le portugais ni l'anglais n'exercèrent à l'époque sur le français une influence aussi grande que celle de l'italien. Le prestige de l'Italie est alors tel, dans l'Europe entière, que des milliers de mots italiens s'introduisent en français, dans tous les domaines :

  • la guerre

canon, cavalcade, cartouche…

  • la finance

banqueroute, crédit, trafic…

  • les mœurs

courtisan, disgrâce, caresse, escapade…

  • la musique

fugue, intermède, mandoline, opéra, piano, sérénade, violoncelle…

  • la peinture

coloris, fresque, gouache, miniature, profil…

  • l'architecture

belvédère, appartement, balcon, rotonde…

  • la mode

caleçon, costume, ombrelle, perle, perruque, plastron, pantalon…

  • l'alimentation

citrouille, gamelle, riz, sorbet, vermicelle…

Cette influence italienne sur la langue française dépasse et dépassera en importance toutes les influences étrangères qui ont agi et agiront sur le français jusqu'au milieu du XXe siècle.
Au milieu du XVIIIe siècle débute une longue période d'anglomanie, qui marque profondément la langue française. Les emprunts à la langue anglaise prennent des formes variées :

  • certains des emprunts se font tels quels

budget, cottage, jury, motion

  • d'autres font l'objet d'une naturalisation

contredanse < country-dance
paquebot < packet-boat
rosbif < roastbeef
redingote < riding-coat

  • le français calque également des constructions anglaises

franc-maçon ~ free mason

Au XIXe siècle, la langue française se charge d'encyclopédisme : les découvertes et les inventions dans tous les domaines se succèdent et génèrent le besoin de recours à de nouveaux mots pour désigner des réalités nouvelles. La plupart des mots nouveaux qui intègrent le français sont encore puisés dans la langue anglaise ; le domaine des chemins de fer en est un bel exemple :

wagon, rail, tunnel

de même que le domaine des sports (le mot sport lui-même vient de l'anglais) :

football, rugby, fair-play…

L'engouement pour les mots anglais est tel que la langue française va jusqu'à créer de faux anglicismes :

recordman (là où l'anglais a record holder)
rugbyman (là où l'anglais a rugby player)
shake-hand (là où l'anglais a handshake)
smoking (là où l'anglais a dinner jacket)

Jusqu'au XVIIe siècle, l'influence anglaise sur le français a été insignifiante : 8 mots au XIIe siècle, 2 au XIIIe, 11 au XIVe, 6 au XVe, 14 au XVIe, puis 67 au XVIIe, 134 au XVIIIe, 377 au XIXe et… 2150 au XXe siècle, d'après le recensement des lexicographes (auteurs de dictionnaires).
Les emprunts à l'anglais d'outre Manche pénètrent massivement dans la langue française dès la fin du XIXe siècle, et vers le milieu du XXe siècle, les États-Unis prennent le relais de la Grande-Bretagne en apportant au français nombre de termes en relation avec le cinéma, les produits industriels, le commerce, le sport, et d'une manière générale tout ce qui touche aux sciences et à la technologie. On recense dans les dictionnaires français actuels plus de 2 500 mots empruntés à l'anglais. Cette liste pourrait considérablement s'allonger si on prenait en compte certains lexiques spécialisés (notamment tout ce qui touche à l'Internet).

Cette notice a été rédigée pour ROMA·NET par Annick Englebert.

La structure du lexique espagnol

1. Fonds latin

La plupart des mots de l'espagnol proviennent du latin. Nous pouvons les classifier en fonction de l'usure qu'ils ont subie :
Les mots patrimoniaux sont ceux qui appartiennent au latin et ont subi toute l'évolution jusqu'à la naissance de l'espagnol :

capitia > cabeza
plorare > llorar
terra > tierra
lupum > lobo
cultellum > cuchillo

Les mots savants sont les termes latins incorporés tardivement à la langue et qui, n'ayant pas subi d'usure, gardent une forme similaire :

curriculum > currículo
salire > salir
rapidus > rápido
relaxare > relajar

Les mots semi-savants sont les termes dérivés du latin qui n'ont pas subi entièrement l'usure du temps à cause de la pression exercée sur eux par les domaines cultes (surtout l'Église).

seculus, au lieu de (seculo> seg'lo> sieglo> *sejo), s'est figé en siglo
fructus, au lieu de *frucho s'est stagné à fruto.
periculum, au lieu de *perijo s'est stagné à peligro

Les doublets sont deux termes qui ont évolué d'un même mot latin : l'un est un mot patrimonial et l'autre, un mot savant :

testiculum > testigo/testículo
delicatum > delgado/delicado
frigidum > frío/frígido
collocare > colocar/colgar
digitum > dígito/dedo

2. Voies non latines

2.1. Termes d'origine grecque

a–, an– (afónico)
acro– (acrofobia)
aero– (aerofagia)
agono– (agonía)
agro– (agronomía)
alo– (alópata)
andro– (andrógeno)
anti– (antinatural)

Avant l'arrivée des Romains en 218 av. J.-C., d'autre peuplent habitaient la Péninsule Ibérique : Ibères, Celtes, ligures, basques.

vega, barro, carrasca, páramo, arroyo, braga

Après les invasions barbares du Ve siècle :

2.2. Emprunts aux langues germaniques

  • Domaine guerrier

espía, espuela, galardón, ganar, guerra, yelmo

  • Anthroponymes (noms propres de personne)

Alberto, Álvaro, Fernando, Rodrigo, Elvira, Gonzalo

  • Toponymes (noms propres de lieux)

Mondariz, Guitiriz, Gondomar, Castrogeriz, Villafáfila

2.3. Emprunts à l'arabe

En 711 les arabes ont entamé la conquête de la Péninsule. En seulement 7 ans ils ont occupé tout le territoire, ce qui a fait que l'influence linguistique ait été énorme (17 % du lexique actuel)

Alfombras, Almohadas, berenjenas, zanahorias, arroz, azúcar

2.4. Emprunts au français

  • Influence au Moyen-Âge : grâce au Chemin de Saint Jacques de Compostelle

alemán, ciprés, coraje, hereje, pincel

  • Influence au XVIIIe siècle : avec l'arrivé de la dynastie des Bourbons

bayoneta, bufanda, brigada, gabinete, funcionario, espectador

2.5. Emprunts d'Amérique : l'importation de nouveaux produits

tabaco, patata, tomate, maíz, cacao, café

2.6. Emprunts à l'anglais, surtout aux XXe et XXIe siècles

cheque, club, ponche, pijama, champú, vagón

2.7. Autres origines

  • Italien : campeón, soneto, piano
  • Portugais : biombo, mermelada, caramelo
  • Galicien : chubasco, vieira, morriña
  • Catalan : paella, turrón, alioli
  • Basque : izquierda, pizarra, chabola
Cette page a été rédigée pour ROMA·NET par Lidia Morales.

La structure du lexique italien

L'heritage du latin dans le lexique italien est très varié et correspond à un total de 35 196 mots à partir d'avant le IXe siècle et jusqu'au XXe.
Il comprend, d'une part, les mots hérités directement du latin dans le passage du latin à l'italien, les « lessemi patrimoniali », qui viennent du latin parlé et qui rapprochent l'italien des autres langues romanes. Il s'agit surtout de mots qui concernent la vie quotidienne ainsi que la culture materielle : les mots grammaticaux (articles, prépositions, conjonctions, adverbes), les verbes, les noms et les adjectifs plus fréquents, les chiffres, les noms de parentés, des parties du corps et des phénomènes naturels

HOMO > uomo 'homme'
DOMINAM > donna 'femme'
CIVITATEM > città 'ville'

On en dénombre 4 574, indiqués dans le graphique qui suit avec lat. class., lat. tardif.
Il y a, d'autre part, et en très grande majorité, des mots qui proviennent de la culture latine écrite, les « latinismi », par exemple tirés de la traduction d'ouvrages latins où les écrivains pouvaient puiser

  • des mots plus abstraits comme

alleanza 'alliance', amicizia 'amitié', difficoltà 'difficulté'

  • des mots techniques du domaine du droit, de la géométrie, de la médecine, de l'architecture

cessione 'cession', contraente 'contractant'
equilatero 'équilatéral'
arteria 'artère', cervello 'cerveau', costole 'côte', femore 'fémur'
cemento 'ciment'

Ils sont au nombre de 30 622.

Au sein des deux catégories des « lessemi patrimoniali » et des « latinismi », on peut distinguer les apports du :

  • latin classique (latin ancien écrit) : le latin par excellence
  • latin ancien et tardif reconstruit (indiqué avec * parce que nous ne possedons pas de traces écrites)
  • latin tardif et ecclésiastique écrit : filtre phonologique des mots entrés dans l'italien provenant du grec
  • latin écrit médiéval (en rapport avec la tradition vulgaire parlée)
  • latin moderne
  • latin scientifique

On peut remarquer que le latin a toujours été une langue de culture (à partir du Moyen-Âge en passant par la Renaissance (XVe-XVIe siècles) pour arriver au XVIIIe siècle) et aussi la langue de l'Église catholique jusqu'au Concile Vatican II (1962-1965).
Les « latinismi » ont donc beaucoup contribué à l'enrichissement du lexique italien. Ils ont conduit

  • à la création de doublons

parabola(m) > parola ~ parabola

On peut remarquer que le deuxième mot n'a pas subi de changement phonétique comme le premier, étant rentré dans la langue par voie écrite.

  • à l'introduction de suites de consonnes qui n'existaient pas dans le lexique de base

pensare/penser > pesare 'peser'
mensile/mensuel > mese 'mois'

  • à l'augmentation de mots proparoxytons (avec l'accent tonique sur l'antépénultième syllabe) :

spathula(m) > spa-to-la > spalla (spal-la)

Le lexique florentin étant constitué pour la plus part de mots paroxytons (avec l'accent tonique sur l'avant dernière syllabe).
À ces « latinismi » que nous pouvons considérer comme des emprunts adaptés, on peut ajouter des emprunts non adaptés

referendum, herpes, ictus, agenda, grosso modo

et des mots latins qui sont entrés dans l'italien à travers l'anglais comme

auditorium, focus, mass media

Le latin a aussi contribué à enrichir l'italien d'un point de vue sémantique. Les écrivains ont largement utilisé des mots qui, en latin, avaient une autre signification par rapport aux mêmes mots italiens : par exemple :

studioso = 'studieux' voulait dire aussi en latin 'avide'

1. Emprunts aux langues de substrat

Avant et en même temps que les Romains, il y avait d'autres peuples qui habitaient la Péninsule et parlaient d'autres langues que le latin, notamment les Étrusques, les Celtes et les Osques-Ombriens. De leurs langues, l'italien a hérité de mots comme

persona 'personne', popolo 'peuple', catena 'chaîne' < Étrusques
betulla 'bouleau', becco 'bec', carro 'char' < Celtes
lupo 'loup', scrofa 'truie'/'laie' < Osques-Ombriens

2. Emprunts du grec ancien

La plupart des mots provenant du grec sont entrés en italien à travers le latin.
Il s'agit de :

  • noms de plantes

ciliegio 'cérisier', ulivo 'olivier', mandorlo 'amandier'

  • noms d'animaux marins

acciuga 'anchois', balena 'baleine', tonno 'thon'

  • des parties du corps

gamba 'jambe', spalla 'épaule', braccio 'bras'

  • d'objets quotidiens

ampolla 'burette', anfora 'amphore', lampada 'lampe'

  • des sciences

filosofia 'philosophie'
retorica 'rhétorique'
aritmetica 'arithmétique'
geometria 'géométrie'
geografia 'géographie'

  • du lexique réligieux

battesimo 'baptême', carisma 'charisme', basilica 'basilique', vescovo 'évêque', monaco 'moine'

Au Moyen-Âge, à l'époque de la domination byzantine, entrent dans l'italien des mots comme

anguria 'pastèque', molo 'môle', ormeggiare 'amarrer'

dans la période de l'humanisme (XVe) :

catastrofe 'catastrophe', entusiamo 'enthousiasme', dialetto 'dialecte', periodo 'période'

à partir du milieu du XVIIe siècle : des mots de la médecine, des sciences naturelles et des mathématiques.

3. Les mots d'origine anglaise

Ce n'est qu'à partir du XVIIe siècle que l'anglais suscite de l'intérêt en Italie. Dans la période précédente c'était plutôt les Anglais qui s'intéressaient à la culture italienne. Mais, concrètement, malgré l'intêret porté par quelques intellectuels italiens au XVIIIe siècle envers la culture anglaise, il n'y a pas eu de transfert de mots de l'anglais à l'italien. Au XIXe siècle, ce sont les traductions des romans de l'écossais Walter Scott ou de l'américain James Fenimore Cooper qui amènent à la diffusion de mots anglais, par exemple

gentleman 'monsieur', milady 'madame', whisky, whist, pellerossa 'peau-rouge', sceriffo 'shérif'

C'est après 1950 que trois quarts des emprunts non italianisés entrent dans la langue italienne dans les domaines

  • de la vie quotidienne

shampoo, fast-food, light, manager, check-in, meeting

  • du sport

basketball, football

  • du spectacle

star, audience, pay-tv, share, « piedipiatti »/policier)

  • de la mode

fashion, look, glamour, top model

  • de la publicité

target, spot, testimonial

  • de la musique

blues, rock, rap, soul, disco, dance

  • et des medias.

En italien, il y a aussi des mots qui ressemblent à des mots anglais, mais n'en sont pas, comme, par exemple

pressing (en anglais forcing)
footing (en anglais jogging)
golf (dans le sens de « maglione » 'pull')

Des 8 468 mots anglais entrés dans la langue italienne, plus de la moitié (4782) appartiennent aux domaines techniques et scientifiques.

4. Les mots d'origine provençale et française

À l'époque médiévale les emprunts au français et au provençal furent nombreux, spécialement dans les domaines de la vie quotidienne (IXe-XVe siècles : dominations des Carolingiens, des Normands et des Anjou) du commerce et de la littérature (les chansons de geste ainsi que la lyrique des troubadours). Ils concernent donc :

  • le lexique élémentaire :

mangiare 'manger', burro 'beurre', cugino 'cousin', roccia 'rocher', giallo 'jaune' < ancien français
bugia 'mensonge', coraggio 'courage', pensiero'pensée', speranza 'espoir' < provençal

  • le langage militaire :

cavaliere 'chevalier', scudiere 'écuyer'

  • le langage de la vie de la cour :

levriero 'lévrier' (chasse)
corsetto 'corset', gioiello 'joyau' (habillement)
liuto 'luth', viola 'viole' (musique)
giardino 'jardin', sala 'salle', torneo 'tournoi'

  • le langage de l'amour courtois : « gioia »/joie, « noia »/ennui, « merzé »/merci, « talento »/talent (mots clé du vocabulaire amoureux)

Si aux XVe et XVIe siècles, c'est l'italien qui s'affirme comme langue de culture dans l'Europe de la Renaissance, à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle et jusqu'à la fin du XVIIIe, l'influence du français reprend le dessus. Ce sont les mots qui concernent

  • la vie de société

società 'société', spirito 'esprit', brillante 'brillian'

  • la mode

cravatta 'cravate', parrucchiere 'coiffeur'

  • et la gastronomie

bignè 'beignet', liquore 'liqueur', pasticceria 'pâtisserie', ragù »/ragoût)

qui prévalent. S'ajoutent des mots provenant du lexique de la philosophie

pregiudizio 'préjugé, tolleranza 'tolérance', libertinaggio 'libertinage'

Dans la période napoléonienne, ce sont des mots provenant du domaine militaire

caserma'caserne', fucile 'fusil', gendarme 'gendarme', uniforme 'uniforme'

et politique

patriota 'patriote', rivoluzionario 'révolutionnaire'

qui entrent dans la langue italienne. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle et au XXe siècle, nous trouvons

maionese 'mayonnaise', menu', boutique…

5. Les mots d'origine espagnole et portugaise

Jusqu'au XVe siècle l'espagnol joua un rôle important de médiateur pour la diffusionde mots d'origine arabe dans la péninsule. À partir du XVe siècle, des mots comme

infante 'prince royal', posata 'couvert'

et ensuite

appartamento 'appartement', burla 'plaisanterie', regalo 'cadeau', ammutinare 'mutiner', baciamano 'baisemain', complimento 'compliment'

Par le portugais arrivent en italien les mots comme

ananas, banana 'banane', cocco 'noix de coco'

6. Emprunts aux langues germaniques et à l'allemand

À travers le latin, les populations germaniques ont transmis principalement, via les langues germaniques dont l'allemand (langue standard parlée dans la partie méridionale de l'Allemagne) des mots appartenant au lexique quotidien, par exemple

sapone 'savon', vanga 'bêche' 

ou alce 'élan', un animal que les Romains ne connaissaient pas. En suite, les Goths, les Lombards et les Francs occupèrent certaines régions de l'Italie. De ces dominations, la langue italienne hérita des mots comme

fiasco 'flasque'

  • ainsi que des mots du domaine militaire comme

albergo 'logement pour l'armée', elmo 'heaume', guardia 'garde' 

  • ou des mots liés aux chevaux comme

briglia 'bride', staffa 'étrier', stallone 'étalon'

Du lombard, proviennent des mots des parties du corps comme

anca 'hanche', guancia 'joue', schiena 'dos', stinco 'tibia'

ou des mots qui se réfèrent à la maison

balcone 'balcon', scaffale 'étagère', gruccia 'bequille/cintre'

Du francique :

banco 'banc', guanto 'gant', roba 'choses'

Entre le XIIIe et le XVIIe siècle, ce sont surtout des mots du domaine militaire qui entrent en italien

alabarda 'hallebarde

Aux XVIIIe-XIXe siècles, c'est à travers le français qu'arrive le mot calesse 'cabriolet' ainsi que walzer et les noms des liqueurs vermut et kirsh, mais aussi les mots comme morfologia 'morphologie', stilistica 'stilistique'. Au XXe siècle, c'est à nouveau le domaine militaire qui prévaut (lager, kaputt, panzer).

7. Emprunts à l'arabe

L'influence de la langue arabe commence déjà aux VIIe-VIIIe siècles a.C. et continue jusqu'à nos jours. Les principaux mots qui nous viennent de l'arabe sont des noms de fruits comme

albiccocca 'abricot', arancio 'orange', limone 'citron'

  • de légumes comme

carciofo 'artichaut'

  • ou d'épice comme

zafferano 'safran', zucchero 'sucre'

Des mots ayant trait à la mer, comme

ammiraglio 'amiral', darsena 'darse', magazzino 'dépôt'

ou aux sciences

alambicco 'alambic', alchimia 'alchimie', algebra 'algèbre', algoritmo 'algorithme', zenit 'zénith', nadir

Au XXe siècle, environ deux cents mots d'origine arabe sont entrés en italien, comme, par exemple,

kebab, hummus, halal, intifada

8. Les mots provenant de l'hébreu

Ces mots entrent par le biais de la Vulgate de la Bible. Il s'agit de mots comme

manna 'manne', serafino 'séraphin', cherubino 'chérubin', amen, alleluia, sabato 'samedi', osanna

9. Les mots provenant du chinois, du japonais et du russe

C'est par le Milione de Marco Polo (XVIe siècle) qu'arrivent des mots comme Catai (dans le sens de 'chinois'), et le toponyme Cin ; et, par le biais des missionnaires franciscains et jésuites (XVIe, XVIIe), les adjectifs tartaro 'tartare' et mongolo 'mongol' ; 'thé' et ginseng. Il faudra attendre la deuxième moitié du XXe siècle, au moment de la révolution culturelle de Mao Tse-Tung, pour trouver d'autres mots, comme, par exemple, dazebao, les pancartes utilisées par les jeunes pour les slogans.
À partir de la moitié du XVIe siècle, dans les relations des voyageurs italiens qui s'étaient rendus au Japon, on trouve des mots comme geisha, bonzo, chimono, tatami, sakè ainsi que le nom du fruit cachi que les italiens ont interprété comme un pluriel et donc ils ont crée un singulier caco. Au XIXe siècle, grâce à l'ouverture vers l'occident, par le biais d'articles de journaux, dictionnaires et relations de voyage, se diffusent les mots banzai et harakiri. Au XXe siècle, les manga, les noms des arts martiaux (judo, karate, aikido), le karaoke, le sudoku ; des mots de la gastronomie sushi, sashimi, wasabi ; ou encore, zen, origami, bonsai et plus recemment tsunami.
À part les quelques mots russes qui entrèrent en italien dès le XVIe siècle (russo, zar, copeco, rublo, pope, dacia, troika, tundra, taiga), il faudra attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour trouver des mots comme gulag, massimalismo 'maximalisme', attivismo 'activisme', quadro (dirigent politique) 'cadre'.

10. Emprunts adaptés : les régionalismes et les dialectismes

Au cours des deux derniers siècles, la langue italienne s'est enrichie de régionalismes et de dialectismes (7 700, plus du vocabulaire de base qui se compose de 6 700 lexèmes !). Ce sont des mots utilisés surtout dans la région d'origine (les régionalismes) même si tous les Italiens en comprennent la signification ; ou des mots qui, malgré leur origine locale, ont dépassé les frontières de l'endroit où ils sont nés et sont compris et utilisés de tous les locuteurs italiens (les dialectismes). Il est difficle d'en faire une distinction exacte.

Ils sont liés surtout :

  • à la vie quotidienne

carnezzeria en sicilien ~ macelleria 'boucherie' en italien

  • à l'alimentation

sicilien cannolo
napolitain mozzarella
piémontais grissino
milanais panettone

  • aux métiers traditionnels

piémontais mondina 'la femme qui cueille et nettoie le riz'

  • aux noms des ustensiles de cuisine

dialecte de Rome sgommarello = mestolo 'la louche'

  • aux noms d'habitations

maso dans le Trentin
trullo dans les Pouilles

  • aux éléments du paysage naturel et du territoire

frioulan foiba = fossa 'trou'

  • à la criminalité et à la société

sicilien mafia
lombard teppista
napolitain guappo 'personne violente et sans scrupules'

Ce phénomène s'est vérifié après le processus d'unification du Pays (1861), qui a amené la culture écrite italienne (qui correspondait au florentin du XIVe siècle), même si ce fut très lentement, à se rapprocher de la culture orale dialectale. La plupart des mots proviennent du dialecte de Rome, suivis par les mots d'origines milanaise, napolitaine et sicilienne. On considère ces mots comme des emprunts adaptés, vu qu'ils sont entrés dans les systèmes phonetique et morphologique de l'italien

tortellino = émilien turtlein

Parmi ces mots, se trouvent les géosynonymes, des mots différents qui ont la même signification et qu'on utilise à l'échelle régionale. Par exemple, le pastèque peut s'appeler anguria, cocomero, mellone, citrone.

Cette page a été rédigée pour ROMA·NET par Sabina Gola.

La structure du lexique portugais

1. Les mots provenant des peuples pré-romains

Des Indo-européens appelés Ligures, Illyriens et Ambro-Illyriens ont habité la péninsule dans le deuxième millénaire a. C. et les Celtes sont venus jusqu'à la péninsule ibérique au VIIe siècle a. C.
D'autres peuples se sont installés sur le territoire péninsulaire : les Égyptiens, les Phéniciens, les Crétois, les Grecs, les Carthaginois, les Tartessiens, les Étrusques.
Le lexique portugais conserve encore des traces de ce substrat lexical, la plupart d'entre eux sont d'origine celtique.

Domaines Mots
briga” dans les noms de lieux Conímbriga, Lacóbriga (Lagos)
d'autres toponymes Olissipo (Lisboa), Évora, Braga, Viseu, Ílhavo
noms des fleuves Vouga, Zêzere, Tâmega, Tejo
noms communs lousa, bruxa, chaparro, esquerdo, mata, sapo, várzea, cabana, argila, manteiga

Des noms d'origine celtique tels que camisa, carro, caminho, légua, cerveja, ont été introduits dans la langue par les contacts avec le latin dans les différentes parties de l'Empire Romain.

2. Le fond latin

On sait que le latin triompha sur les langues autochtones grâce à son prestige comme instrument d'une civilisation et d'une conception de la politique supérieure. Néanmoins, la langue qui a été imposée dans les régions conquises n'a pas été le latin dans sa forme littéraire, mais le latin vulgaire, expression couramment utilisée pour désigner le latin parlé et plus éloigné des normes littéraires, couramment utilisé dans des situations d'échange, par des soldats, des marchands et des artisans.
Même si la plupart des mots du portugais proviennent du latin vulgaire, on retrouve dans la langue portugaise, des mots qui, ayant la même étymologie latine, s'en écartent par le sens, l'orthographe ou la phonétique.

Étymon provenant du latin classique provenant du latin vulgair
superare superar sobrar
oculu óculo olho
parabola parábola palavra
catedra cátedra cadeira
cogitare cogitar cuidar
plenu pleno cheio
macula mácula mágoa / mancha
clave clave chave

3. Les mots provenant des peuples qui ont occupé la péninsule après les romains

3.1. Les peuples germaniques

Déjà durant les Ve, VIe et VIIe siècles, la péninsule ibérique a été occupée par les germaniques – Vandales, Suèves, Alains et Wisigoths. Seuls les Souabes et les Wisigoths ont réussi à s'imposer pendant un certain temps, suffisamment pour influencer de manière décisive la langue et la culture du peuple dominé. Les Wisigoths, en particulier, ont laissé quelques mots associés à plusieurs domaines, tels que la guerre à travers des mots comme elmo et espora
Cette influence se retrouve dans différents domaines :

Domaines mots
Onomastique Rodrigo, Álvaro, Fernando, Gonçalo, Henrique, Rui, Frederico, Ricardo, Afonso
Activité militaire elmo, espora, guerra, barão, bandeira, arreio, arauto, orgulho, trégua
Toponymes Ermesinde
Sufixe –engo solarengo, mostrengo
D'autres marca, feudo, rico, guardar, agasalhar, burgo, sala, luva, roca, broa, sopa

3.2. Les Arabes

En 711, les Arabes et les Berbères du Maghreb ont occupé la péninsule ibérique, influençant la culture et la langue des territoires occupés. L'interaction des deux langues a abouti au mozarabe, qui était en vigueur dans le sud. L'une de ses principales caractéristiques est l'agglutination des noms de sources latines à l'article arabe al :

alcaide, alface, alfinete, algarismo, álgebra, algodão, almofada, alvará…

Le développement de la culture arabe et sa longue présence sur le territoire qui allait devenir le Portugal (711-1249) rend l'influence lexicale de l'arabe considérable.
Le nombre de mots arabes entrés dans les langues péninsulaires – principalement liés au commerce, à l'administration, des noms de lieux, de la faune et de la flore ­– est élevé. On estime à environ un millier ceux qui ont été assimilés par le portugais.

Domaines Mots
L'agriculture et la flore Açude, alecrim, alfazema, azenha, azeitona, laranja, limão, nora, tremoço
La science Azimute, zénite
L'administration et la guerre Alfândega, alferes, algazarra, alarido, almirante
Les utensiles pratiques Alambique, alcatruz, alicate, almofariz, rabeca, tambor, xadrez, algarismo
L'urbanisme Andaime, alpendre, armazém, aldeia, azulejo, tabique
L'alimentation Açorda, alcachofra, almôndega, xarope
Les toponymes Almada, Alcainça, Alcobaça, Alcoentre, Algarve, Alvalade, Azambuja

Les adjectifs sont extrêmement rares : azul, zarco, forro. Pour les autres catégories, on peut souligner : un verbe, afagar ; un pronom indéfini, fulano ; une préposition, até et une interjection, oxalá.
Entre le XIVe et le XVIe siècles, avec les découvertes, la langue portugaise s´étend à de nombreuses régions d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Au XVIe siècle, c'est devenu une langue de commerce en Asie et en Afrique, utilisée non seulement pour l'administration et le commerce colonial, mais aussi pour la communication entre les responsables locaux et les Européens de toutes nationalités.
La diffusion de la langue a été encouragée par les mariages mixtes entre les Portugais et populations indigènes (très courants aussi dans d'autres parties du monde) et son association avec les efforts missionnaires catholiques.
De la même manière, beaucoup de mots portugais sont entrés dans le lexique de nombreuses autres langues, telles que sepatu (de sapato) en indonésien, Keju (de queijo) en malais et meza (de mesa) en swahili.

Mots provenant du malais Mots provenant du chinois Mots provenant du japonais Africanismes Mots tupi
beliche chá biombo banana abacaxi
chávena leque quimono batuque capim
lanche ganga catana macaco caju
bule girafa maracujá
jibóia
arara
piranha
jacaré
Mots amérindiens saisis par les Espagnols : cacau, canoa chocolate, batata, tabaco, tomate

4. Unité et diversité de la langue portugaise

4.1. Le portugais européen et le portugais au Brésil 

Quelques particularités lexicales :

Brésil celular ~ Europe telemóvel
Brésil moleque ~ Europe garoto

4.2. Le portugais en Afrique

Quelques particularités lexicales :

Afrique cadengue ~ Europe pequeno
Afrique maka ~ Europe problema

Cette page a été préparée pour ROMA·NET par Maria Sofia Santos.

La structure du lexique roumain

Une statistique du XXe siècle concernant la composition du lexique roumain selon l'étymologie des mots donne les pourcentages suivants :

  • 43 % d'emprunts aux langues romanes occidentales (dont 38,40 % au français) ;
  • 20 % de mots hérités du latin ;
  • 11,5 % d'emprunts aux langues slaves (vieux-slave, bulgare, serbe, ukrainien, russe) ;
  • 3,60 % d'emprunts au turc ;
  • 2,40 % d'emprunts au grec ;
  • 2,17 % d'emprunts au hongrois ;
  • 2 % d'emprunts à l'allemand.

L'histoire du roumain comporte trois étapes principales :

  • du IIe au IXe siècle, depuis les guerres romanes jusqu'à l'apparition des populations d'origine slave sur le territoire de l'ancienne Dacie ;
  • du IXe au XIXe siècle, où l'on assiste à la formation de la langue roumaine littéraire ;
  • du XIXe siècle à nos jours.

Après la conquête de la Dacie par Trajan, le latin vulgaire devient la principale langue parlée sur le territoire de l'ancienne Dacie ; le substrat de la langue roumaine, la langue géto-dace, a une contribution réduite à la formation de la langue roumaine. La liste des mots d'origine dace dans la langue moderne tourne autour de 50 mots, tout en variant d'un chercheur à l'autre. On peut noter quelques exemples :

brad 'sapin', brânză 'fromage', buză 'lèvre'

Le lexique roumain de base provient du latin :

  • les noms des parties du corps

cap 'tête', deget 'doigt', mână 'main'

  • des jours de la semaine

luni, marţi, miercuri, joi, vineri, sâmbătă, duminică 

  • ainsi que

câine 'chien', pâine 'pain', apă 'eau', a mânca 'manger', a veni 'venir'…

Sur cette base du roumain viennent s'ajouter diverses influences, dont la plus importante est celle du slave ancien. Beaucoup de mots proviennent de cette langue :

plug 'charrue', lopată 'pelle', brazdă 'sillon'…

L'influence slave se poursuit par l'église, la religion des Roumains étant le christianisme orthodoxe et la langue de l'église étant le slavon. À l'influence slave s'ajoutent les emprunts grecs, hongrois, turcs et allemands.
La troisième étape dans le développement de la langue roumaine est une étape de modernisation. Au XIXe siècle, la société roumaine commence à se moderniser sous l'influence de l'Europe de l'Ouest, phénomène dont l'un des corollaires est l'emprunt massif de mots, qui détermine une relatinisation du roumain, soit à partir du latin savant, soit à partir d'une langue romanes, surtout le français ou parfois l'italien. Du latin on a des exemples d'emprunts tels que : 

fabulă 'fable', familie 'famille', literă 'lettre (caractère)', rege 'roi', tezaur 'trésor'

Parfois, on ne peut pas établir de laquelle de ces langues provient tel ou tel mot. Par exemple, belicos peut avoir comme étymon lat. bellicosus, ital. bellicoso ou fr. belliqueux. On parle souvent de l'étymologie multiple pour désigner les mots roumains qui ont deux ou plusieurs langues-sources potentielles.
Il y a aussi des cas où la langue a adopté, à côté d'un mot hérité, un dérivé formé dans une langue romane à partir de l'étymon du mot de base :

lat. aqua > roumain apă « eau » – lat. aquaticus / français « aquatique » > roum. acvatic ;
lat. frigus > roum. frig « froid » – lat. frigidus / fr. « frigide » > roum. frigid ;
lat. tacere > roum. a tăcea « (se) taire » – lat. tacitus / fr. « tacite » > roum. tacite.

De nos jours, les mots nouveaux viennent surtout de l'anglais. Leur degré divers d'intégration prouve qu'ils sont entrés plus ou moins récemment dans la langue. Les mots anglais empruntés à une époque plus éloignée se prononcent et s'écrivent à la roumaine : 

blugi 'blue-jeans', gem 'confiture', interviu 'interview', lider 'dirigeant', meci 'match'

Les emprunts plus récents se prononcent et s'écrivent comme dans la langue d'origine

cow-boy, fair-play, jazz, hobby, management, manager, marketing, mass-media, week-end…

mais on leur attribue un genre, un article défini et des désinences selon les règles du roumain :

managerul 'le directeur', cowboy-ului 'au/du cow-boy', mass-mediei 'aux/des médias'

Cette page a été rédigée pour ROMA·NET par Alice Toma. 
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